Projet de ZAC à Saint-Jean-d'Illac, le cœur balance
Logements, commerces, espaces conviviaux, le projet de ZAC Cœur de Bourg de la commune illacaise suscite de nombreuses interrogations. Immersion dans une ville de passage où la redynamisation des espaces publics divise la population.
A mi-chemin entre la ville et les rivages chargés d’embruns du Bassin d’Arcachon, Saint-Jean-d’Illac s’étire le long de la Départementale 106. Bordée de forêts de pin, le cœur de la ville est animé par le ruban de commerces longeant l’axe routier. Du matin au soir, chaque arrêt est chronométré, faisant du centre-ville un simple lieu de passage. Côté commerces, le paysage est le même depuis longtemps. Pourtant le projet de ZAC rebat les cartes : fréquentation, circulation et lieu de vie sont au cœur des préoccupations.
De l’autre côté de la départementale en revanche, le paysage est bouleversé. Quatre piliers, c’est tout ce qu’il reste d’elle. Le 14 avril 2022, la résidence des Magnolias ou la “Barre” de Saint-Jean-d’Illac, grand immeuble du centre-ville, a été détruite. A sa place, un terrain vague changé en espace mellifère pour les insectes polinisateurs. L’ancienne résidence n’est plus qu’un lieu de stationnement, accolé au centre associatif décrépit, également voué à disparaître. Il est à peine 20h et le bourg de Saint-Jean-d’Illac s’éteint progressivement, au rythme des voitures qui défilent.
Un projet très attendu des illacais
Pour réanimer ce lieu d’importance, la mairie envisage depuis 2015 la construction d’une Zone d’Aménagement Concerté. En combinant logements, commerces et services, la commune espère redynamiser son centre-ville. “C’est un beau projet, qui est très attendu des illacaises et illacais” explique Edouard Quintano, maire de Saint-Jean-d’Illac. 550 logements doivent être construits, répartis sur plusieurs étages. Au rez-de-chaussée, des locaux pouvant accueillir des commerces mais aussi des services. De sa conception à la signature du contrat, la ville a tenu à maintenir l’échange avec les locaux. “Le projet Cœur de Bourg soulève naturellement des inquiétudes, mais aussi de l’espoir, poursuit Edouard Quintano, nous voulons créer un vrai lieu de vie.”
Des inquiétudes, les commerçants — premiers concernés par le projet de ZAC – en ont un certain nombre. Et la première concerne le stationnement. Au pied des boutiques, le rangement en épi toujours surchargé témoigne du trafic quotidien. “Tous les jours, on a entre 800 et 1000 clients, explique Sébastien, co-propriétaire du tabac-presse de Saint-Jean-d’Illac. Ce ne sont que des arrêts minute. Avoir un parking aux portes de notre boutique, c’est quelque chose de vital pour nous.” Or, cet espace, imaginé comme un lieu de sociabilité, limiterait l’accès des voitures. La commune souhaite en effet miser sur le long terme : privilégier les mobilités douces et mettre fin aux déplacements triangulaires (domicile, lieu de travail, espaces de loisirs et de consommation). Le rangement en épi cèderait sa place à un parking silo, ainsi qu’un dégagement dédié, en retrait de la départementale.
“J’ai le sentiment que la mairie n’a pas été assez à l’écoute de nos besoins”
Insatisfaits par les solutions proposées, les commerçants déplorent un manque de transparence et de visibilité sur le projet. Caroline*, commerçante, explique avoir pris part aux différentes concertations organisées par Clairsienne**, chargé des futurs travaux, et la mairie. “En tant qu’habitante, j’ai trouvé que le public n’était pas assez hétérogène. En tant que commerçante, j’ai le sentiment que la mairie n’a pas été assez à l’écoute de nos besoins”. A quelques mètres de l’église, le grand parking et les locaux au crépi rosâtre pourraient laisser place à des logements. Christelle, opticienne et concernée par cette dernière phase du projet, craint un déménagement coûteux. “Même dans 15 ans, réinvestir dans un nouveau local, repartir de zéro, représente un coût que tous les commerçants ne pourront pas assumer.”
Pour Patrick Babayou, ancien élu, qui se décrit comme un “non-supporter” du projet de ZAC à Saint-Jean-d’Illac, souligne une difficile application des mobilités douces sur la commune. “Ce n’est pas possible de faire toutes ses courses à vélo. Je pense que ce projet ne prend pas assez en compte les contraintes qui s’imposent. 80% des gens qui habitent à Saint-Jean-d’Illac, travaillent ailleurs. Ils ont besoin de leur voiture.” Selon Patrick Babayou, les 936 places de parking à venir réparties entre résidences et voierie ne suffiront pas à satisfaire tout le monde.
Pour Edouard Quintano, cette décision dépasse la question de l’accessibilité : “Densifier le centre-ville c’est éviter l’élargissement et ainsi préserver la forêt environnante. L’objectif est aussi de suivre l’évolution de la vie des gens : du premier appartement à l’accession à la propriété.” Entre l’immédiat du quotidien pressé d’une ville-dortoir et la lente construction de la ville de demain, le cœur battant de Saint-Jean-d’Illac reste à inventer. Une progression à deux temps, qui peine à trouver le bon rythme.
*prénom modifié par souci d’anonymat
** Désormais Domofrance (depuis le 1er septembre 2025, à la suite de la fusion/absorption des groupes